30 octobre 2009
Lucky Luke
Dix jours de silence, record battu ! En plus, je n'ai pas vraiment d'excuse, puisque je pouvais au choix vous raconter mon excursion shopping tendance Carrie Bradshaw de samedi dernier ou ma dernière séance ciné avec l'Anglais. Faute de photos adéquates, ce sera la séance ciné, tant pis pour vous.
Mercredi donc, nous sommes allés voir l'adaptation cinématographique de ce monstre sacré de la BD qu'est Lucky Luke. J'avoue que j'avais des réticences, mais plusieurs encouragements m'ont convaincue - et puis il n'y avait plus de place pour This is it.
Dans l'Ouest du milieu du XIXème siècle, Lucky Luke est une légende. Chargé par le Président des Etats-Unis de faciliter la construction d'une ligne de chemin de fer, il devient sherif de Daisy Town, sa ville natale, dans laquelle il n'a pas remis les pieds depuis... chut, je n'en dirai pas plus. Il retrouve à cette occasion plusieurs connaissances : Pat Poker, Calamity Jane, Jesse James, Billy the Kid...
Visuellement, le film est une réussite : le réalisateur parvient à garder l'aspect BD, certains traits caractéristiques (le nuage de fumée de tabac, les bâtiments, le croque-mort...) et les vastes paysages que parcourt le héros. Le casting est impressionnant, de l'indéboulonnable Jean Dujardin à Pierre Richard, en passant par Melvil Poupaud, Michaël Youn, Sylvie Testud... qui tous prennent visiblement plaisir à interpréter leur personnage (mention spéciale à Calamity Jane). On appréciera les clins d'oeil à la série (le brin d'herbe à mâchonner, les bagarres...), qui auraient peut-être mérité d'être plus exploités.
Cependant, le scénario ne tient pas trop la route. Outre que Lucky Luke est désormais affublé d'un passé (pourquoi pas, mais est-ce vraiment nécessaire ?), il a également une vie sentimentale de son plein gré (noooon !). En outre, la fin est totalement téléphonée, ce qui est bien dommage. Certes, les albums de Lucky Luke n'étaient pas forcément d'une richesse narrative remarquable, mais au moins ils ne s'enlisaient pas dans des scènes de romance ou de bouffonnerie inutiles.
20 octobre 2009
Interruption momentanée des programmes
Donc voilà. Mes lecteurs avertis n'auront pas manqué de constater que je poste assez peu ces temps-ci. La raison en est simple : le boulot. Vous me direz que c'est un peu se moquer du monde - surtout venant de moi - mais c'est malheureusement le cas.
Pour les deux semaines à venir, j'ai le privilège de commencer à travailler une demi-heure plus tôt (je suis sensée partir une demi-heure plus tard mais j'y crois à peine), je passe ma pause dej à mon bureau (ce qui a le mérite de m'empêcher de faire du shopping) et je rentre exténuée à 19h puisque je passe mes journées à faire du standard. Glamour à mort. Du coup, je ne sors pas, je dors, j'ai une vie sociale proche du néant, et les seules choses que je suis en mesure de lire sont des vieux Arsène Lupin que je connais presque par coeur et la presse féminine.
Promis, dès que je vois autre chose que mes collègues et mon écran d'ordi, je vous fais signe !
14 octobre 2009
Thirst - Ceci est mon sang
Hier soir, l'Anglais avait proposé d'aller au cinéma, histoire de se remettre d'un début de semaine un peu maussade. Comme l'un des films que je voulais voir en était à son dernier jour de projection, nous avons donc opté pour Thirst, film coréen de Park Chan-wook, réalisateur entre autres de Old Boy.
A première vue, le propos est intéressant : un prêtre oeuvrant dans un hôpital décide un jour de se porter volontaire pour une expérience dans le but d'en apprendre plus sur un virus qui ravage ses ouailles. L'expérience tourne bizarrement, mais le prêtre revient à la vie. Désormais considéré comme un miraculé, il est assailli de demandes de prière ou d'imposition des mains, ce qui l'amène à retrouver un ami d'enfance perdu de vue depuis longtemps.
Mais la guérison a son revers : le père Hyun doit désormais se nourrir de sang et se cacher du soleil s'il ne veut pas que la maladie reprenne possession de son corps. Dans le même temps, il "ressent tous les besoins charnels" et découvre la sexualité dans les bras de Tae-ju, l'épouse de son ami d'enfance.
A peu de choses près, on peut dire que le film commence à partir en vrille à ce moment-là. Le réalisateur reprend précisément la trame du roman Thérèse Raquin de Zola, poussant les amants à assassiner le mari, tandis que la mère est paralysée et comprend tout ce qu'il se passe. Et le mélange film de vampire + adaptation littéraire tourne au vaudeville. Des scènes surréalistes, un mélange d'horreur et de comique (qui était déjà la recette des films qui ont fait la gloire de Park Chan-wook, mais en mieux), des effets spéciaux low budget, de longs moments contemplatifs comme le cinéma coréen les affectionne... C'est le grand n'importe quoi.
L'Anglais et moi avons eu l'impression de passer d'un "Twilight" gore et asiatique à une mauvaise comédie de moeurs sans la moindre transition. C'est pourtant dommage, car l'idée d'adapter un roman français du XIXème siècle dans la Corée actuelle était intéressante. Quoiqu'il en soit, j'avoue avoir du mal à comprendre pourquoi on a attribué le Prix du Jury à ce film lors du dernier festival de Cannes.
11 octobre 2009
Bal Renaissance de Chambord
"Que l'on me pende, si je n'ai pas rêvé..." C'est avec cette chanson en tête - et quelques images - que je suis allée, en compagnie de l'Anglais, au bal de Chambord hier soir.
Pour moi, Chambord, c'est le château de conte de fées par excellence, avec ses tourelles, ses clochetons, son merveilleux escalier, sans oublier bien entendu son immensité, les cheminées dans lesquelles on fait brûler des troncs... Force est de constater, quand on grandit, que certaines choses reprennent des dimensions un peu plus humaines. Le château est toujours aussi beau, mais il est un peu moins imposant, et l'escalier n'est pas si immense que l'on pourrait croire.
Qu'importe ! Le but était de danser et de parader en costumes de cour du XVIème siècle, et ce programme fut entièrement rempli. L'anglais avait mis sa tenue de boyar (avec l'accent et la chapka), tandis que j'avais ressorti ma robe élisabethaine, tellement belle mais tellement encombrante (c'est bien simple, à certains moments, je ne pouvais pas avancer).

Et voici notre mannequin présentant ma jupe à cerceaux...
Nous sommes arrivés dès l'ouverture de la billeterie à 18h30, profitant du château déserté par les visiteurs et encore vide de danseurs. Traversant le rez-de-chaussée pour trouver les vestiaires, nous avons pu écouter les dernières notes d'une leçon de danse. Une fois équipés, visite !
Certes, c'était une visite tronquée - les salles autour de l'escalier à double révolution, la cour intérieure et la terrasse - mais il y avait le côté grisant de le faire en costumes, dans des lieux presque vides, alors que le décor était déjà posé. Au rez-de-chaussée et au second étage, quatre salles autour de l'escalier, l'une dévolue au buffet, les trois autres réservées aux danseurs. Juste avant le début du bal, des serviteurs - les élèves du lycée hôtelier de Blois - ont disposé une jonchée délicieusement odorante (rose, laurier, romarin, sapin).
Depuis la terrasse, la vue est enchanteresse. La perspective se déroule jusqu'aux confins du parc, et le soleil couchant rehausse le paysage de rouge et d'or. L'accès étant ouvert sur tout le toit, nous avons aussi l'occasion d'observer la cour intérieure dans laquelle se pressent les participants.
Le bal commence enfin par une suite de bransles. Il fait chaud, l'on se presse dans les différentes salles, et il est difficile à la première pause de trouver un verre d'eau. Mais l'organisation veille et, plutôt que nous laisser nous alcooliser, nous apporte force carafes et rafraîchissements. L'animation est réalisée par un comédien, qui ébauche quelques descriptions en parler de courtisan pour présenter la danse, et un maître à danser qui explique les pas. Force est de constater que, malgré la magie propre à ces soirées - et aux ingénieurs du son - les paroles nous parviennent parfois fort déformées et comprendre la danse peut relever du casse-tête.
En milieu de soirée, les musiciens s'arrêtent et le buffet est déclaré ouvert. Malheureusement, si le public porte l'habit de cour, il n'en a pas les moeurs : la presse est si grande dans les salles réservées au ravitaillement que je suis contrainte de m'adosser à l'escalier pendant que l'Anglais prend tous les risques pour nous rapporter un en-cas. Nous n'aurons pas l'occasion de tout goûter, ce qui est fort dommage, car les plats sont tous remarquables, et le fruit d'un veritable travail de recherche sur la période et le thème de la soirée : un velouté de courge aux herbes, des fonds d'artichaut farcis aux champignons, des feuilletés aux champignons, de fines brochettes de viande citronnée... Le tout arrosé d'un hypocras léger ou de pinot noir.
Nous reprenons les danses avec, de nouveau, quelques bransles assez simples, ce qui est assez dommage. En effet, l'Anglais et moi aurions souhaité un peu plus de complexité, un bransle d'Ecosse ou une bourrée d'Avignon, voire même une volte... Mais il faut faire danser tout le monde, et les musiciens enchaînent pavanes et allemandes.
Il fait à présent nuit noire, et l'on nous fait gagner les jardins pour une surprise. Là, rythmé par de la musique ancienne, nous assistons à un déluge de feu et de couleurs, des rouges et des verts, des ors et des bleus... Le ciel est bien dégagé et les fusées se reflètent dans les vitres du château, ce qui ajoute à la féérie. De retour au chaud, nous discutons avec quelques connaissances nouvelles et anciennes. Le temps va bientôt reprendre son cours. Mais j'aurai eu la chance de vivre ce dont j'ai toujours rêvé : un bal à Chambord.

Le premier bal de Chambord
09 octobre 2009
Oba -over- mania ?
Comme vous tous, j'ai appris ce matin que Barack Obama, actuel Président des Etats-Unis, venait de se voir décerner le Prix Nobel de la Paix. Et bien je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement, je suis sidérée.
Je sais, ça fait vieille radoteuse de dire un truc pareil, mais que voulez-vous ? J'ai l'impression qu'on s'est fait arnaquer. D'après le communiqué de presse, la vénérable Académie a décidé de récompenser : "ses efforts extraordinaires pour renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples". C'est beau comme la Déclaration des droits de l'Homme. Certes, on ne peut nier les réels efforts du Président pour rendre sa place à l'ONU (en tout cas pour en faire autre chose qu'une instance consultative), sa volonté de rouvrir le dialogue avec des nations "ennemies" depuis le 11 septembre et son ouverture internationale.
Mais est-il possible de décerner ce prix, sans rougir, à un chef d'état dont le gouvernement mène toujours deux guerres au Moyen-Orient ? Au Président du premier pays producteur d'armes au monde ? On frôle la schizophrénie. On va me rétorquer qu'il a fait des efforts en ce sens, qu'il n'a pas eu le temps d'entreprendre toutes les actions qu'il avait promises. Justement, n'est-ce pas la preuve criante qu'on l'a nommé trop tôt ? Je rappelle que Barack Obama a été élu en novembre 2008 et n'a pris ses fonctions qu'en janvier dernier, un record ! Pour la petite histoire, les nominations pour le Nobel de la Paix s'achèvent en février... c'est dire si l'affaire a été rondement menée.
Je n'ai rien contre le principe de récompenser un chef d'Etat - en exercice ou non - pour son action en faveur de la paix. Bien au contraire, j'ai envie de croire que cela pourrait susciter des vocations. Mais je me demande en même temps pourquoi l'Académie a ciblé le très médiatique Président quand des centaines de dissidents croupissent en prison pour avoir simplement osé élever la voix. On me répondra que Aung Sang Suu Kyi et le Dalaï-Lama ont déjà été distingués ; oui mais il en reste tant d'autres, comme par exemple le journaliste Hu Jia (sur la photo), qui a osé demander des Jeux Olympiques dans une démocratie.
A 48 ans, Barack Obama est donc Président des Etats-Unis (soit la nation la plus puissante du monde, au moins d'un point de vue théorique) ET prix Nobel de la Paix. J'ai presque envie de lui souhaiter une mort rapide pour accéder au statut de légende, car sinon il risque de décevoir des millions voire des milliards de gens, et je ne pense pas que ce soit très agréable à vivre. Quelque part, on peut dire que sa vie est "finie" : plus de but ultime à atteindre, une pression encore plus forte... Bonne chance pour la suite, Mister President.
04 octobre 2009
Démineurs
Après plusieurs tentatives ratées - en particulier pour cause d'agapes nombreuses et longues ce week-end - je vais enfin vous parler du film Démineurs, que l'Anglais et moi sommes allés voir vendredi.
Bagdad, de nos jours. La Compagnie Bravo, groupe de soldats spécialisé dans le déminage, est envoyée sur une urgence. Durant toute la séquence d'introduction, le spectateur suit l'opération de désamorçage en temps réel. Les doutes, les hésitations, les problèmes ou le soulagement des soldats sont palpables, et l'on ressent exactement la même chose qu'eux.
On suit des "tranches de vie" au sein de la Compagnie, rythmées par le décompte jusqu'à la fin de la rotation, sorte d'arrêts sur image dans la vie quotidienne des soldats.
Le point fort de ce film, c'est son objectivité. Alors que dans toutes les oeuvres de ce genre, il est facile de discerner qui est le bon, qui est le méchant et qui est le traître, ici c'est parfaitement impossible. Loin de vouloir présenter des héros, la réalisatrice Kathryn Bigelow met en scène des êtres humains, avec leurs craintes et leurs fêlures. Abordant le réel problème de l'engagement américain en Irak, elle montre, sans pour autant prendre parti, l'importance du fossé qui sépare "libérateurs" et "insurgés", l'incompréhension, la peur de l'autre, l'angoisse permanente... d'un côté comme de l'autre.
