30 novembre 2009
L'imaginarium du Docteur Parnassus
Enfin le retour de la chronique ciné ! Nous étions pleins d'espoir pourtant, et prêts à conquérir toutes les salles obscures... mais c'était sans compter la (très grosse) fatigue et le temps qui nous a poussés à rester calfeutrés à la maison. Hier soir, n'écoutant que notre courage (et profitant d'une accalmie), nous sommes donc allés voir le dernier film de Terry Gilliam.
Il y a mille ans, le Docteur Parnassus, alors moine, a fait un pari avec le Diable (Mr Nick). Il y a gagné l'immortalité et le pouvoir de faire voyager les gens dans leur propre imagination, prônant le pouvoir de cette dernière pour sauver les âmes, dans un éternel combat contre Mr Nick. Or au cours du XXème siècle, Parnassus est tombé amoureux et, pour prix de la mortalité et d'une nouvelle jeunesse, a promis l'âme de tout enfant qu'il engendrerait. Dans trois jours, sa fille Valentina aura 16 ans, et Mr Nick viendra réclamer son dû...
Terry Gilliam est certes un ancien Monty Python, mais pas uniquement. Ce film met en lumière son incroyable imagination, son sens de l'esthétique, la force qu'il communique aux images... Car, il faut bien l'avouer, j'ai beau ne pas connaître grand-chose des Monty Python et rien du tout de l'oeuvre solo de Gilliam, je suis tombée totalement sous le charme de ce film.
L'image est superbe, servie par des décors à la fois sublimes et décatis, des costumes fanés au charme incroyable (j'avais les yeux accrochés à tous les petits détails de broderie, de perles et de sequins...). L'histoire est en plein fantastique, au sens de "on ne sait plus trop où on est, s'il s'agit d'un rêve ou de la réalité", tout en ayant un sens et un message parfaitement compréhensibles. Les effets spéciaux sont très réussis, l'ensemble donnant réellement l'impression de voyager dans un vieux théâtre ambulant qui a connu des heures plus glorieuses.
Il ne faut pas non plus oublier de saluer le remarquable casting. Certes, ce film est le dernier tourné par Heath Ledger, dont la disparition prématurée a conduit le réalisateur à user d'un subterfuge : chaque fois que le personnage entre dans l'imaginarium, son aspect se modifie, prenant tour à tour celui de Johnny Depp, Jude Law et Collin Farell. Tom Waits est également très bon dans le rôle du Diable, immuable et so british, cynique et manipulateur, de même que Christopher Plummer en Parnassus désabusé et affaibli.
Mais j'avoue que ma mention personnelle va à Lily Cole, dont le visage de poupée (et le physique mannequin, accessoirement) va à merveille au personnage mais aussi à l'ambiance du film tout entière. Une véritable révélation, à la fois visuelle et artistique.
28 novembre 2009
Aumônière brodée / Embroidered pouch
Je vous présente donc mon "dernier-né", qui est en fait mon premier projet de broderie. L'hiver dernier, j'ai commencé à découvrir les sites de broderie médiévale, et en particulier le point de brique, que l'on retrouve beaucoup en Allemagne et en Europe de l'Est. Comme cela avait l'air facile et qu'il n'y avait pas besoin de savoir dessiner pour s'y mettre, j'ai pris mon courage à deux mains. Un beau dimanche de janvier, j'ai acheté de la toile de lin, du lin à broder, des aiguilles... et au boulot. Cela s'est fait par vagues, car la broderie prend sur mon temps de lecture, ce que j'ai un peu de mal à tolérer, mais aussi parce que j'ai attaqué un autre ouvrage beaucoup plus ambitieux dont je vous reparlerai bientôt - j'espère.
Je voulais à l'origine m'inspirer d'un motif existant, mais une erreur dans le comptage des points m'a conduite à créer mon propre dessin. Le motif jaune et bleu autour des oeillets a été réalisé au point tissé.
Après ce premier essai, quelques observations dont je veillerai à me souvenir :
- pas de toile préparée pour la broderie (comme la toile DMC que j'ai utilisée), car elle est très rigide et difficile à coudre.
- faire attention à la grandeur désirée. En réalité, cette aumônière peut juste accueillir mon portable et ma pommade pour les lèvres, car elle est trop profonde et pas assez large.
So, here is my second post in English on this blog. I truly wanted to publish something earlier, but it didn't work - or maybe I didn't.
Last winter, as I was surfing in search of resources about medieval embroidery, I discovered German brick stitch and the beautiful pouches it could help create. As I am very bad at drawing and had not been embroidering since I was 10, this seemed to be the best way to have a new try. I started to embroider a DMC piece of linen with linen thread - blue, rust, saffron yellow and light yellow - last january, but only achieved to finish the entire pouch last week, as it was Pontoise medieval market.
The point is, embroidering stops me from reading, which to me is quite untolerable - sorry if my English sounds strange, I saw Sense and Sensibility this morning. Furthermore, I started another project, quite more ambitious, in march. Nevertheless, I hope to be able to talk about it sooner than next winter.
As you can see, I made a mistake while couting eyelets... I also realised how tough it is to sew DMC linen fabric, and this is the reason why I bought some "real" linen at the medieval market last week. The string was made with DMC cotton thread - I know, it's not very historical, but I was short in linen and in quite a hurry - using a lucet.
25 novembre 2009
Le Troll Café
Allez, il y a longtemps que je n'avais pas parlé d'un bar. Hier soir, j'ai retrouvé deux vieux amis (appelons-les M. et Mme Takeda) dans ce petit café du côté de Ledru-Rollin. En fait, on ne s'éloigne pas beaucoup du quartier où j'avais l'habitude de boire quand j'étais célibataire.
L'endroit est assez réduit, mais chaleureux, et le mardi soir il y a foule, car le bar accueille des soirées dédiées au jeu de go. Les amateurs apprécieront en outre une belle carte de bières - dont de la Chimay ou des bières néerlandaises - y compris la bière maison, la Troll. Pour ma part, j'ai préféré m'offrir un petit verre de Saumur Champigny.
22 novembre 2009
Pontoise - Novembre 2009
Ce week-end, c'était le marché de l'histoire de Pontoise, et donc une occasion supplémentaire de dépenser de l'argent à un mois à peine de Noël. L'Anglais et moi y avons passé presque toute la journée de samedi, ayant même eu l'opportunité d'entrer avant l'ouverture officielle, grâce à des amis exposants.
Le premier but de notre visite était de récupérer les différentes commandes passées auprès de nos fournisseurs au cours de l'été. En fait, il s'agissait des commandes de l'Anglais, étant donné que je suis en période de restriction budgétaire. Nous avons donc récupéré une tunique XIIIème en laine doublée de lin, une boucle et un mordant de ceinture en bronze, une fibule plaquée or pour compléter un costume saxon et une cale gambisonnée pour jouer à la guerre. En revanche, les galons pour le costume saxon n'étaient pas finis.
De mon côté, je n'avais pas d'idée précise de ce que je cherchais - même si j'avoue que j'ai vu une très belle cotte simple en laine violette, ainsi qu'un chaperon ouvert de même couleur - mais je me suis lâchée sur les matières premières. Laine à broder, laine pour tissage, petits coupons de lin... J'ai hésité à m'offrir du tissu, mais l'Anglais n'a pas eu de doute : il a trouvé de la laine pour un manteau et pour une autre tunique.
Pour finir, quelques petits accessoires (épingles, badges en étain, outils...), beaucoup de discussions, de l'hypocras, des fous rires... Seul point noir : la Halle Saint-Martin qui accueille l'évènement était sous-dimensionnée, la foule énorme, et la chaleur et le bruit étaient à la limite du supportable, au point que j'ai dû sortir prendre l'air à plusieurs reprises.
15 novembre 2009
La légende du roi Arthur
Désolée pour cette absence de quelques jours, j'ai juste eu une très grosse flemme suivie d'une reprise du boulot... Après m'être fait un peu taper sur les doigts, je reviens donc vous parler de l'exposition "La légende du roi Arthur" que nous sommes allés voir mardi avec l'Anglais.
La BNF possède la plus grande collection de manuscrits relatifs au mythe arthurien et à ce que l'on nomme la "matière de Bretagne". L'exposition en cours propose de retracer les grandes étapes du mythe d'abord dans l'ordre de l'histoire - arrivée d'Uter Pendragon au pouvoir, naissance de Lancelot, etc. - puis selon les grands thèmes - la légende au prisme chrétien, la propagation du mythe, ses "avatars"...
L'exposition vaut vraiment le détour. Les manuscrits sont superbes, ornés de nombreuses enluminures et dans un excellent état de conservation, la scénographie est intelligente et distrayante en même temps - nous avons beaucoup aimé l'ouverture avec de courts extraits de films ayant trait de près ou de loin au mythe arthurien. Outre les moments clés du mythe, on y découvre ses origines et ses premières mentions, l'écho retentissant que la légende a eu pendant tout le bas moyen-âge, la "récupération" du mythe en un symbole de parfaite chevalerie chrétienne...
J'ai également apprécié qu'on y parle également des différents avatars plus ou moins connus de la légende - Tristan et Yseult, mais aussi le beaucoup plus obscur "chevalier perroquet" - et également de voir sa diffusion dans tout l'Occident chrétien en très peu d'années. A la fin, l'exposition revient sur des transpositions de plus en plus récentes du mythe, nous montrant, si l'on en doutait encore, à quel point celui-ci est prégnant encore aujourd'hui.
09 novembre 2009
Clones
Hier soir, nouvelle séance cinéma avec l'Anglais. Notre choix s'est porté sur un film pas trop intelligent : le dernier blockbuster de Bruce Willis. Le temps d'avaler vingt minutes de pub et le résumé la bande-annonce de Twilight 2 et nous y étions.
Dans un futur proche - présenté comme la période actuelle, j'y reviendrai - les gens ne sortent plus et vivent par l'intermédiaire de leurs clones (surrogates en VO), comme une sorte de simulation géante. Ces robots sont à l'effigie de leurs propriétaires mais en mieux, et permettent à chacun de dépasser les limites de son propre corps. Bien entendu, cette situation ne plaît pas à tout le monde et il existe des réserves où continuent de vivre les gens normaux. Lorsqu'un clone est détruit, entraînant la mort de son opérateur, l'agent Greers et l'agent Peters, policiers au FBI, sont chargés d'enquêter.
Bon scénario, bons acteurs, excellents décors et effets spéciaux... c'est un film très agréable à regarder. Le film commence par un flashback de 14 ans présentant les conditions dans lesquelles ont été créés puis mis en service les clones, sous la forme d'extraits de journaux, d'interviews et d'images d'archive. Voir Bruce Willis sous sa forme de clone est assez déconcertant : lifté, ultra maquillé, coiffé d'une manière pour le moins surprenante... mais cela permet de plonger tout de suite dans cette espèce de fausse réalité, où l'on croit reconnaître les gens alors que ce ne sont que des doubles.
Les allusions à la réalité virtuelle que nous vivons déjà via Internet sont intéressantes : on constate ainsi que certaines personnes se font passer pour ce qu'elles ne sont pas, tandis que tous essaient de donner d'eux-mêmes une image parfaite. Le contraste entre personnages réels et clones est renforcé par les effets de lumière de maquillage, qui donnent tout de même une apparence un peu fausse à ce que les créateurs (et vendeurs) des robots nomment "la perfection humaine".
Quoiqu'il en soit, c'est un bon film, captivant, un polar mené tambour battant, qui pose la question de la place de l'humain à l'ère de la technologie triomphante. Certes, on voit la fin venir, mais je recommande tout de même, car c'est très dépaysant.
07 novembre 2009
Titien, Tintoret, Véronèse : rivalités à Venise
Alors que l'Anglais est en ce moment même en train de battre le pavé parisien quelque part au XVème siècle avec une bande de vampires, je vais me rincer l'oeil au Louvre.
C'est donc d'un pas gaillard que je suis allée voir l'expositions sur les trois grands peintres du XVIème siècle vénitien : Titien, Le Tintoret et Véronèse. Plus âgé que les deux autres, Titien était déjà bien "installé" auprès de l'aristocratie vénitienne, et a favorisé d'emblée la carrière de Véronèse. A l'inverse, il s'est efforcé de freiner le Tintoret, notamment en lui faisant "perdre" des commandes et des concours.
L'exposition présente les oeuvres des trois peintres selon un thème qui change dans chaque salle. On peut donc admirer la manière que chacun a eu de parler du même sujet, qu'il s'agisse d'art religieux - la descente de croix, les pélerins d'Emmaüs, le baptême du Christ - ou d'inspirations mythologiques - Vénus très souvent. Les dernières salles sont par ailleurs consacrées en partie au nu féminin et à la perception du corps de la femme.
Enfin - et là, j'avoue, c'est l'amour de la reconstitution qui parle - les salles consacrées aux portraits sont remarquables. Ces portraits sont essentiellement ceux de personnages de la haute aristocratie vénitienne, et répondent systématiquement à un "code" créé par Titien, et que ses deux successeurs n'ont pas voulu rejeter. Pour les hommes, sont représentés les attributs de pouvoir, ainsi qu'une scène où le personnage s'est illustré, tandis que les femmes sont representées dans un décor fermé - pour marquer leur place au sein du foyer - avec leurs plus beaux atours et bijoux, afin de souligner la puissance de leur famille. Malgré leur magnificence, j'ai trouvé que les plus beaux portraits sont surtout ceux qui ont eu l'air d'être pris sur le vif, comme le double portrait de la famille da Porto : le père et son fils, la mère et sa fille (photo à droite ; ça ne vous rappelle personne ?).
Quoiqu'il en soit, c'est une très belle expo, et qui permet de voir un peu de beauté, ce qui n'est pas rien.
06 novembre 2009
Micmacs à tire-larigot
Enfin de retour sur le blog ! J'ai eu beau vouloir, je n'ai absolument pas réussi à prendre ne serait-ce qu'une photo de ma séance shopping d'il y a 15 jours - je vais y arriver. Du coup, vous avez droit à ma dernière séance ciné.
Ce soir, avec Gaygo, nous sommes allés voir Micmacs à tire-larigot, le dernier film de Jean-Pierre Jeunet. J'ai beau apprécier l'univers de ce réalisateur, je dois avouer à ma grande honte que je n'ai vu qu'Amélie Poulain - à ma décharge, Un long dimanche de fiançailles est sorti quand j'étais au Japon.
Petit, Bazil a perdu son père à cause d'une mine. Devenu adulte, il est victime d'une balle perdue et se retrouve en sursis avec une balle dans la tête, car inopérable. Cet évènement l'ayant réduit à vivre dans la rue, il est recueilli par la "famille", véritable galerie de portraits à la fois pittoresques et tendres, qui vivent de la récupération et de la réparation d'objets. Avec leur aide, Bazil va échaffauder un plan pour prendre sa revanche sur les marchands d'armes à l'origine de son double malheur.
On retrouve dans ce film les thèmes récurrents et les caractéristiques du travail du réalisateur - image sépia, nostalgie, Paris, petites animations pour illustrer les pensées des personnages... ainsi que ses acteurs fétiches, comme Dominique Pinon ou André Dussolier. Les personnages sont drôles, attachants, chacun avec sa "gueule" et son parler particulier. Les dialogues sont un petit bijou de langue française, faisant la part belle aux expressions désuètes. On rit, on frissonne un peu, on s'émeut, et c'est encore le meilleur moyen de traverser l'automne.



